Labyrinthe Revue de recherche et d'expérimentation dans le domaine des savoirs littéraires, philosophiques, historiques et sociaux.

Numéro 7

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Les fils d’Ariane

Certains lecteurs n’ont pas manqué de se livrer, de numéro en numéro, au grand jeu des thèmes croisés. On a pu voir dans l’article de Christian Hottin, « 80 ans de la vie d’un monument aux morts » (Labyrinthe, numéro 5), une mise à nu de la fabrication de l’identité normalienne ; dans « Les femmes célèbres sont-elles des Grands hommes comme les autres ? » de Christel Sniter (numéro 6) une étude sur le rôle social de la statue dans la Cité. D’autres lecteurs pourront envisager l’article de Cyril Neyrat, « Filmer des statues, sculpter un film » (numéro 6), comme le premier élément d’un des thèmes de l’année prochaine, Mélange des genres, mélange des formes.

Pas plus que les disciplines universitaires les catégories éditoriales ne sont hermétiques. Le présent numéro en témoignerait : quand le juriste est aussi historien (Philippe Fabre, « L’Identité légale des Juifs sous Vichy : la contribution des juges »), quand la littérature se fait mythographie (« La Branche armée du féminisme : les Amazones », par Alain Bertrand) ou lorsque, sur la politique du patrimoine, l’entretien avec l’économiste Marc Guillaume répond aux propos de l’architecte-muséographe Fanuele (numéro 1) ; la traduction (« L’Identité pathane et sa préservation » de Fredrik Barth, par Marc Aymes) échappe aujourd’hui à sa rubrique attitrée pour nourrir le thème La fabrique de l’identité et en redimensionner les contours ; au commentaire de document fait écho un aperçu de recherche du même auteur, qui présentent sous des angles différents une même enquête. Entrecroiser, c’est aussi permettre, au sein d’un seul thème, la rencontre de la judicieuse érudition de la mythographie avec les fulgurants « trajets » d’Eric Prenowitz et Laurent Dubreuil sur la différence sexuelle.

Par le jeu des thèmes croisés, à travers les interférences entre disciplines et champs d’investigation, on devine des problématiques transversales annonçant les nouvelles tendances et les nouveaux objets de la recherche universitaire. Réanimer, dans une perspective pluridisciplinaire, un thème aussi conventionnel, apparemment, que celui de la statue nous a beaucoup réjouis. Plusieurs thèses consacrées à ce sujet seront bientôt soutenues…

L’ouverture prochaine de notre site internet, préparé par une équipe d’étudiants de l’École Nationale du Patrimoine et conçu par Valérie et Éric Aubourg, incitera le lecteur internaute à appréhender autrement thèmes, articles et dossiers : à créer ses propres découpages, comme nous l’y invitions au premier jour : « libre au lecteur d’édifier ses passerelles, d’assembler son puzzle, d’inventer sa promenade au gré des chemins proposés » (numéro 1, éditorial).

Au nombre des promesses originelles l’innovation permanente reste un mot d’ordre. Aujourd’hui, revisiter la pratique du commentaire de documents est un jeu d’utilité publique. Exercice scolaire par excellence d’un côté, exercice d’érudition universitaire de l’autre, exercice jugé en tout cas par beaucoup, plus scolastique que créatif, le « commentaire » jouit d’une réputation des plus ternes. Et pourtant, commenter, quand nous sommes inondés de textes et d’images de masse, c’est plus que jamais poser des jalons dans le labyrinthe des signes. Ici même Claude Jeay, démasquant un faussaire, nous invite, au cours « d’une enquête policière », au plaisir du déchiffrement.

Il reste à préparer nos nouveaux thèmes, qui seront présentés dans le prochain numéro de Labyrinthe : Les liens de famille ; Traduire ; Mélange des genres, mélanges des formes. Toute proposition est la bienvenue.

Pour citer cet article

, « Les fils d’Ariane », Labyrinthe, En ligne, , 6-7 [En ligne], mis en ligne le 1 mars 2007. URL : http://revuelabyrinthe.org/document459.html. Consulté le 4 juillet 2008.

 
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