Labyrinthe Revue de recherche et d'expérimentation dans le domaine des savoirs littéraires, philosophiques, historiques et sociaux.
Séminaire - Les indisciplines de la recherche
I. Argumentaire et programme de l’année 2005/2006
La revue Labyrinthe organise, durant l’année 2005/2006, un séminaire de travail, avec pour vocation d’analyser les modalités et les enjeux de ce que nous appellerons les « indisciplines de la recherche ». Méthode et horizon de travail, l’indiscipline renvoie ici aux formes prises par les croisements entre les disciplines, ainsi qu’aux réflexions élaborées en dehors des cadres institués (notamment par les programmes universitaires).
Trois aspects de l’indiscipline seront, tour à tour, l’objet de deux séances de trois heures chacune. Le premier volet de chaque groupe de séances sera constitué d’un ou plusieurs exposés, issus de la recherche collective des membres de Labyrinthe et menés par le(s) coordinateur(s). Le second volet donnera lieu à une discussion plus approfondie avec les participants, qui se seront vus remettre préalablement un recueil de lectures relativement bref. Les actes du séminaire, incluant le ou les exposés de présentation et les discussions subséquentes, seront publiés dans le numéro 25 de la revue Labyrinthe, à l’automne 2006.
Les séances sont, de leur préparation à leur tenue, ouvertes au public : toute personne intéressée peut, sur simple demande, participer aux travaux préparatoires, aux débats et à l’écriture des actes d’une ou plusieurs séances. Pour contacter la personne de votre choix, rendez-vous à la page « Nous contacter ».
Au croisement de l’histoire, de la politique et de la philosophie, la première séance – « Qu’est-ce qu’une théorie post-coloniale ? » – sera consacrée à un corpus de recherches encore mal connu en France. Ouverte par les travaux d’Edward Said, la filière des « études post-coloniales » (autour notamment de Gayatri C. Spivak, Dipesh Chakrabarty, Homi Bhabha) est aujourd’hui partie prenante des programmes de l’Université américaine. Dans le sillage de la French theory, ces penseurs marquent leur attachement à l’élaboration d’une « theory » qui ne soit pas constituée en discipline, et ait partie liée avec le caractère transversal des « post-colonial » (ou « gender ») studies.
La deuxième séance – « Penser par extraordinaire » – portera sur l’extraordinaire tel qu’il est thématisé au sein des disciplines, et en tant qu’il met à l’épreuve les limites de la « discipline ». Il s’agira ainsi d’interroger la pertinence de la « crise » ou de l’« événement » dans la mise en œuvre de la compréhension historique, de revenir sur la question de la modélisation en sociologie et de s’interroger sur les notions d’idiome, de dialecte et sur les problèmes de traduction qu’ils induisent. Pour, au bout du compte, s’interroger : l’extraordinaire est-il un accident de l’ordinaire ? Comment penser l’extraordinaire de l’ordinaire, et réciproquement ? Cette réflexion rejoint les enjeux de la « pensée par cas » et de la « monographie » : ce pourront être deux terrains de discussion explorés au cours de la séance.
La troisième séance – « L’indiscipline passée en revues : Critique, Les Cahiers du cinéma… » – propose de réfléchir à des mises en œuvre collectives de l’indiscipline ; c’est-à-dire à la façon dont peuvent s’élaborer, dans une dynamique unissant plusieurs auteurs, des discours critiques et/ou des lieux de savoir singuliers. La réflexion partira de l’exemple de deux grandes et belles revues, appréhendées à des moments-charnières de leur histoire : Critique, de sa création en 1946 jusqu’à l’effacement de Georges Bataille (1952-1953), et les Cahiers du cinéma au début des années 1970. Pendant ces brèves périodes, en effet, les deux revues sont tout particulièrement confrontés à la question de la discipline : que celle-ci soit idéologique – sinon de parti (magistère sartrien, exigence d’engagement et autorité du PCF, parti de la révolution et de la refondation en 1945 et autour de 1968), universitaire (avec l’émergence de nouvelles structures disciplinaires comme la future EHESS, la nouvelle importance des hebdos « cultureux » et, bien sûr, mai 68) ou plus généralement « sociétale » (contestation de l’autorité, à tout le moins du discours d’autorité). On s’interrogera sur les incidences de cette confrontation, non seulement sur le contenu pluridisciplinaire des revues (au risque de la dispersion, de l’amateurisme, de la perte des repères – notamment pour les lecteurs), mais également sur leur fonctionnement (pratiques de pouvoir, exercice du jugement critique et [dé]hiérarchisant des livres et films commentés, usages de la ou des signature[s], invention de nouveaux modes d’échange avec l’extérieur).
Programme
12-13 décembre 2005, 18h-21h (EDUCO – 26, rue des Fossés Saint-Jacques 75005 Paris) : « Qu’est-ce qu’une théorie post-coloniale ? » (séance coordonnée par Laurent Dubreuil)
6-7 février 2006, 18h-21h (La Sorbonne, bibliothèque G. Ascoli, escalier C, 2e étage) : « Penser par extraordinaire » (séance coordonnée par Marc Aymes, David Schreiber et Charles Ruelle)
12-13 juin 2006, 18h-21h (La Sorbonne, bibliothèque G. Ascoli, escalier C, 2e étage) : « L’indiscipline passée en revues : Critique, Les Cahiers du cinéma… » (séance coordonnée par Laurent Ferri et Grégoire Leménager)
